Pour soutenir les populations impactées par des activités d’orpaillage et produire des enquêtes sur les vulnérabilités liées à la pollution des eaux de la Falémé, l’ONG IBP a procédé à l’ouverture d’un bureau à Bakel pour enfin lancé son plan d’action. C’est dans ce sens que le chargé des programmes de l’ONG, Djibril Badiane  a accordé une interview à nouvelle actu.

 

nouvelle actu: Quelles sont les raisons qui ont poussées à l’ONG IBP d’ouvrir un bureau dans cette partie du pays ?

 

Djibril Badiane: L’État du Sénégal, à travers son agenda national de transformation Sénégal 2050,  compte réorganiser les régions en pôle territoire pour mieux maîtriser le ménagement du territoire  et stimuler le développement local. C’est une initiative très noble qui vient d’ailleurs appuyer les nombreux efforts des organisations non gouvernementales que nous sommes  dans la promotion de l’équité territoriale au Sénégal. Depuis trois ans, nous intervenons à Bakel, plus précisément dans la Falémé, pour soutenir les communautés victimes d’une catastrophe écologique causée par la pratique intensive de l’orpaillage tout au long de la rive gauche du fleuve. Principal affluent du fleuve Sénégal, la Falémé est la principale source de richesse de cette belle zone du Sénégal oriental. D’ailleurs, les populations y pratiquaient des activités de pêche, d’agriculture et d’élevage pour subvenir aux besoins domestiques. Hélas, cette retrousse en eau s’est transformée en poison du fait de métaux lourds comme le cyanure et le mercure utilisés par les orpailleurs  artisanaux et semi-mécaniques.  Les facteurs de production ont donc complètement disparu, aggravant ainsi la vulnérabilité de cette zone enclavée et dépourvue déjà de services sociaux de base. Alors, c’est pour toutes ces raisons que l’ONG IBP, après plusieurs initiatives en faveur des communautés impactées par les problèmes de la Falémé et en étroite collaboration d’ailleurs avec l’État du Sénégal,  a jugé nécessaire d’ouvrir une antenne régionale dans le sud-est du Sénégal, logée ici même à Bakel.

 

Que signifie ce bureau pour l’ONG IBP

 

Ce bureau confirme notre engagement national à soutenir rigoureusement les groupes vulnérables, où qu’ils soient et en tout temps. À travers ce bureau, nous comptons inviter les partenaires au développement à conjuguer leurs efforts, optimiser leurs interventions pour mieux défendre les causes des populations riveraines de la Falémé. Nous allons également, à travers notre plan d’action d’intervention que nous avons présenté hier lors du CRD avec le préfet de Bakel, appuyer les efforts étatiques et sensibiliser les partenaires à faire de ces initiatives les siennes.

 

 

 

Alors, quels sont les défis que rencontrent les populations de la Falémé ?

 

Les défis que rencontrent les populations de la Falémé sont de deux ordres. D’abord d’ordre économique, ensuite d’ordre environnemental. Economique, puisque les villages environnants qui se situent tout au long de la rive gauche de la Falémé sont des villages qui manquent de tout.  Les jeunes sont en quête d’emploi et manquent de formation. Ils n’arrivent pas à trouver de centre professionnel pour mieux se former au métier de la mine, puisque comme vous le savez, c’est une zone minière. Il n’y a pas de centre professionnel qui leur permettrait de se former sur les modules en lien avec l’industrie minière et donc développer des compétences dans ce sens et de pouvoir donc mieux encadrer l’orpaillage et de travailler avec des sociétés qui respectent les plans d’impact environnementaux et donc d’exploiter et d’utiliser ces ressources de façon écologique en prenant en compte les réalités socio-économiques. Il se trouve encore que des villages comme Arihara ou des villages encore qui se trouvent tout au long de la commune de Sagatou manquent de tout.  Les postes de santé que nous avons déjà visités ne disposent pas de matériel médical pour pouvoir prendre en charge les besoins notamment des femmes qui sont enceintes et qui sont obligées de faire plus de 300 kilomètres pour se rendre très souvent à Kédougou ou à Tambacounda  pour pouvoir être prise en charge sur le plan sanitaire.

 

Sur le plan d’approvisionnement en eau, nous constatons également des manquements ?

 

Sur ce plan, le fleuve étant contaminé, les populations ne trouvent pas de forages fonctionnels qui peuvent aujourd’hui leur permettre d’avoir une alternative par rapport à cette question de pollution que la Falémé est en train de subir. Il se trouve aussi que la question agricole demeure aujourd’hui un point critique. Les agriculteurs, avec la pollution des terres qui sont complètement polluées,  ne parviennent plus donc à avoir les rendements à l’hectare. Dans cette zone, comme vous le savez, ce qui est plus récurrent, c’est la culture maraîchère.  Ici, on a des producteurs qui sont spécialisés sur la production de patates douces tout au long de la rive, d’aubergines, de tomates, d’haricots, etc.  Mais aujourd’hui, ils ne parviennent plus à faire des rendements à l’hectare et donc se retrouvent au chômage.  Et je peux vous dire que c’est des jeunes, en majeure partie, qui de plus en plus pensent partir en Europe. Alors, donc il est temps d’agir. Sur le plan environnemental, l’agriculture, la pêche et l’élevage ne se pratiquent presque plus dans les zones complétement contaminées, par la pollution de l’eau.

 

 

Qu’est-ce que l’ONG IBP a prévu de réaliser dans la zone ?

 

 

Nous comptons donc, après plusieurs initiatives depuis ces trois dernières années. D’abord, nous allons accompagner la mise en place des cartes de concertation au niveau local  qui permettraient aux communes, mais également aux populations impactées, l’administration territoriale et les services déconcentrés de l’État, agriculture, pêche, élevage, santé, commerce, etc., de s’asseoir autour de la table et de discuter des solutions à court, moyen et long terme à mettre en œuvre au niveau local, mais également au niveau national  pour faire en sorte que la Falémé retrouve son lustre d’entrée. Donc, nous allons accompagner ces cartes de concertation dans le cadre de notre plan d’action. Ensuite, nous allons générer des évidences, comme nous avons l’habitude de le faire.  Il y a une étude d’impact que nous sommes en train de réaliser en étroite collaboration avec les services déconcentrés de l’État, mais également en collaboration avec les communautés qui d’ailleurs feront l’objet d’enquêteurs, puisqu’aussi on va contribuer à la formation et à outiller également les populations au niveau local pour mieux maîtriser les questions de génération de données sur cette catastrophe.

 

Et où est ce que vous en êtes par rapport à cette enquête ?

 

L’enquête est déjà en cours et dans les semaines à venir, nous allons traiter les données et faire un atelier, d’abord départemental de restitution,  ensuite un atelier national de restitution, pour permettre aux décideurs au niveau local et au niveau national de prendre les décisions idoines, mais également des mesures urgentes  pour pouvoir répondre aux différents besoins identifiés par les communautés dans le cadre de cette enquête. Enfin, nous allons également faire des spots de sensibilisation, pour sensibiliser les populations riveraines sur l’impact de cette pollution sur leur environnement, mais également sensibiliser les orpailleurs à bannir complètement  et à bannir totalement, comme suggéré par les populations, les activités d’orpaillages  qui sont pratiquées tout au long du fleuve, et permettre aux activités de production  de revenir en termes d’agriculture, d’élevage et de pêche, mais également de pouvoir stimuler l’emploi et la productivité dans cette zone.

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