Le Docteur Gilbert Tending, ORL Audiophonologiste, nous a quittés le Dimanche 18 février 2024, aussi discrètement qu’il a vécu. Avec lui, disparait le doyen des ORL du Sénégal et sans doute des ORL francophones au Sud du Sahara.  Avec sa disparition, une page importante de l’histoire de l’ORL au Sénégal est ainsi tournée. Il m’a semblé utile de mettre en exergue certains de ses chapitres, notamment pour les jeunes de notre communauté. Pour l’avoir côtoyé pendant près de 50 ans, je voudrais rendre hommage au grand homme qu’il fut.

Né à Bignona, en 1944 à Bignona, il y fit ses études primaires avant d’intégrer le prestigieux lycée Van Vollenhoven, futur lycée Lamine Guèye, de Dakar.

Titulaire du baccalauréat en 1965, il décida d’entreprendre des études de médecine à l’Université de Dakar. Pour les étudiants de sa génération, hélas peu nombreux aujourd’hui, la première année de Faculté était celle du CPEM, ou Certificat Préparatoire aux Etudes Médicales.

Cette année de CPEM était placée sous l’autorité de la Faculté des Sciences. L’enseignement était assuré presqu’exclusivement par des français.

La règle était le recalage pour l’immense majorité des étudiants aux examens de fin d’année.

Je fais partie des étudiants ayant eu obtenu le baccalauréat en 1968, précisément l’année de la suppression du CPEM, fort heureusement…

En m’inscrivant en 1ère année de médecine, en ce mois de Décembre 1968, Gilbert était en 2ème année de Médecine dite AR ou Ancien Régime. Une poignée d’étudiants constituait sa promotion. On y comptait, notamment, Mouhamadou Ciré Mara, futur Médecin Général, Yacouba Touré, futur Professeur de Médecine Interne, Alé Thiam, futur Professeur de Neurologie, Mireille Prince, futur Professeur de Bactériologie, Soukeyna Faye, future radiologue, Doudou Thiam, futur Doyen de la Faculté, Ousmane Cissé, Marie Louise Corréa, futur Ministre sous la présidence de Mr Abdou Diouf, Alassane Nakoulima, futur Pédiatre…

Lorsque j’arrivais au Service universitaire d’ORL en janvier 1975, pour commencer mon Internat, Gilbert venait de quitter ledit service où il exerçait comme Faisant Fonction d’Interne (FFI), pour aller en Cancérologie.

En cette année 1975, le Sénégal ne comptait que 4 spécialistes ORL : Le Professeur Lamine Sine Diop, sénégalais, Chef de Service, le Dr Léon Medji, Assistant Chef de Clinique, béninois, Le Dr Claude Chevalier, français installé dans le privé, et le Dr Jean Yézou, autre français, exerçant à l’hôpital Principal de Dakar.

En 1976, Gilbert soutint sa thèse de doctorat en médecine dirigée par le Pr Lamine Sine Diop, devant un jury présidé par le Pr Marc Sankalé.

En 1977, Il fut affecté à Fatick comme Médecin Chef. Un diola allait ainsi être responsable de la santé d’une communauté de sérères.

Du fait de la qualité des services rendus, Gilbert obtint en 1978 une bourse pour entreprendre en France des études en vue d’obtenir un CES (Certificat d’études Spéciales) d’ORL, pour une durée de 4 ans.

C’est par une fraiche matinée, de janvier 1979, que je le retrouvai dans la belle ville de Tours où il m’avait précédé de quelques semaines. Nous allions passer ensemble 2 années dans le service du Pr Jean Reynaud : lui en qualité d’étudiant et moi en qualité d’Assistant Associé. Le Pr Jean Reynaud, qui avait effectué un séjour de 10 ans comme Chef du Service universitaire d’ORL à l’Hôpital Aristide le Dantec, fut très aimable et disponible à notre endroit. En 1979, Tours comptait 2 hôpitaux universitaires : Bretonneau pour les adultes et Clocheville pour les enfants. Le service d’ORL de Clocheville était dirigé par Mme Marie-Jo Ployet, une dame gentille, accueillante, affectueuse et d’une dextérité chirurgicale exceptionnelle. En y allant à tour de rôle, Gilbert et moi, elle nous permit notamment de nous familiariser avec l’usage du microscope opératoire.

Après quelques mois d’exercice, Mr Reynaud nous confia à tous les deux des vacations hospitalières : importante marque de confiance, mais aussi de responsabilité. C’est bien sur les conseils de Mme Ployet que Gilbert et moi nous nous inscrivîmes au diplôme d’université d’Audiophonologie que dirigeait le sémillant Pr Jean Claude Lafon, à Besançon, tout en étant basés à Tours.

A la fin de l’année 1980, après un séjour inoubliable de ma vie, à Tours, je rentrai à Dakar où je retrouvai mon poste d’Assistant Chef de Clinique.

Quant à Gilbert, il poursuivit ses études en France. Sa formation étant terminée, il rentra à son tour à Dakar et fut nommé Assistant à la Faculté de Médecine de 1983 à 1997. Il fut ainsi le 3ème médecin qualifié d’ORL du Sénégal.

En 1998, il reprit le cabinet du Dr Claude Chevalier, rentré en France, dans une clinique de la place.

Durant ses 14 années officielles de fonctions universitaires, et même après, il participa activement à la formation des étudiants du module d’ORL, Ophtalmologie et Stomatologie. Il fut un membre fondateur du comité pédagogique du DES (Diplôme d’Etudes Spécialisées) d’ORL à Dakar.

En marge de ses fonctions à l’hôpital Aristide le Dantec, centrées sur l’audiologie, Il fit valoir ses compétences à la Polyclinique de la Médina et au Centre d’Orthopédie Traumatologie (CTO) de Dakar, dès son ouverture, en 1989.

En 2009, Il tint à accompagner le Service d’ORL lors de son transfert de l’hôpital A le Dantec à l’hôpital de Fann, jusqu’en 2022.

L’apport du Dr Gilbert Tending à la promotion de la spécialité ORL au Sénégal et, partant, en Afrique de l’Ouest, a donc été considérable, au triple plan de l’enseignement, des soins et de la recherche. Je puis affirmer qu’il était l’un des plus assidus des ORL du Sénégal au congrès de la Société Française d’ORL. Il fut, au demeurant, membre fondateur de la Société Sénégalaise d’ORL.

Il était discret sans être désuet, calme et pondéré sans être effacé, soigneux sans être suspicieux, méticuleux dans son expression et son habillement. Il était patient et robuste, mais point violent.

En somme, Il fut un collègue incarnant les vertus de probité, d’humilité et de rectitude, traits de caractère propres à son ethnie : l’ethnie diola.

Ses obligations professionnelles ne l’empêchèrent nullement de jouer pleinement un rôle de père de famille exemplaire.

Que son âme repose en paix et que la terre de Tivaouane, ville sainte, lui soit légère ! C’est bien dans cette ville que Gilbert, par une décision personnelle, opta pour la religion musulmane, en 2005.  A ce titre, et désormais prénommé Souleymane, il se rendit plusieurs fois en pèlerinage aux lieux saints de l’Islam. Nous adressons nos condoléances les plus émues à sa famille et à ses amis.

Pr El Malick Diop

Ancien Chef du Service universitaire d’ORL

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