État des lieux : Depuis Macky Sall, le Sénégal traverse une tension politique inacceptable qui nous coûte des points de croissance.
La passe d’armes la semaine dernière entre le chroniqueur Badara Gadiaga et le député Amadou Bâ n’est qu’une des manifestations de « trop » d’une crise politique que traverse le Sénégal depuis plus de 10 ans. Le combat fratricide qui a prévalu sous le Pr Macky Sall entre l’APR et le PASTEF perdure : opposition systématique, dénonciation, calomnies, scandales financiers permanents révélés par les médias, règlements de compte politiques, conflits institutionnels, arrestations d’opposants, polarisation de l’opinion… Ce climat délétère caractérisé par une confusion entre démocratie, liberté d’expression et calomnie n’est pas seulement un enjeu démocratique : il est devenu un véritable fardeau économique.
Comme l’a si bien dit Dr. Massamba Guèye, les principales raisons de la déliquescence des valeurs se trouvent dans la démission des parents, les carences du système éducatif et un État fragilisé et « partisan » incapable de rétablir l’attractivité et la stabilité qu’on enviait à notre pays. Dans un monde en quête de nouvelles frontières économiques, la construction de la puissance économique du Sénégal passera par un véritable consensus autour d’un
programme partagé. Nous avons tout pour relever les défis qui nous attendent sauf…une gouvernance consensuelle faisant appel à l’ensemble des forces vives de la nation.
Les conséquences de cette guerre fratricide
1. Des points de croissance en moins
En 2023, les révisions à la baisse du FMI avec comme conséquence un manque à gagner de plusieurs centaines de milliards de FCFA en richesses non produites constituent une parfaite illustration du coût économique des tensions politiques.
L’instabilité politique coûte au pays 1 à 2 points de croissance. Durant les violences politiques post électorales de 2011, la Côte d’Ivoire a connu une récession de -4,7%.
Les investisseurs institutionnels préfèrent le « vote par les pieds » face à l’incertitude. Aujourd’hui, les réformes de fonds sont gelées en attendant la « fin des audits », les entrepreneurs sénégalais mais aussi étrangers sont en attente, ne sachant pas à quel saint se vouer. Aussi notre économie est à l’arrêt et la nécessaire gestion à long terme est « sacrifiée » au profit d’une gestion des urgences « day to day ».
2. … à la recherche de l’attractivité légendaire du Sénégal
Face à une ambiance marquée par des « attaques politiques permanentes, une absence de débats de fond sur la façon de mettre notre pays sur les rails du développement, une crise sociale et une crise des valeurs, les investissements directs étrangers (IDE) deviennent frileux. Le Sénégal traverse une instabilité politique persistante depuis Macky Sall qui se traduit entre autres par :
– Un procès entre le Sénégal et l’une des principales parties prenante dans le domaine des hydrocarbures alors que nous en sommes qu’aux balbutiement, ce qui peut avoir à termes comme conséquence un gel des projets pétroliers et/ou gaziers ;
– Des entreprises qui reportent leur installation et/ou qui n’osent plus investir ; – Une notation souveraine dégradée, rendant nos emprunts plus chers et aggravant notre endettement qui a déjà atteint des niveaux inacceptables qui remettent en cause notre souveraineté.
La situation du Maroc, du Rwanda et du Ghana, pour ne citer que ces trois exemples, montre que les pays qui réussissent économiquement savent protéger leur stabilité politique même s’il y a beaucoup à dire sur le fonctionnement démocratique de ces derniers.
Il est donc urgent de rétablir l’attractivité de notre pays.
L’économie est paralysée par les guerres politiques
Où en sont la productivité, l’innovation ? Qu’en est-il de la souveraineté de notre pays ? Quelle stratégie pour faire émerger un secteur privé compétitif ? Quel programme partagé pour une gestion consensuelle ? Comment faire participer les sénégalais et les intégrer dans tous les projets d’investissement ? Quelles sont les actions concrètes pour développer le secteur informel et en faire un levier de notre développement économique ? Quelles sont les mesures permettant de valoriser notre dividende démographique ? Autant de questions qui attendent des réponses concrètes. Au lieu de ça, nous avons une bataille inacceptable entre un gouvernement qui consacre son énergie à contrer ses opposants et
une opposition qui consacre la sienne à saboter le gouvernement.
Cette situation délétère entraîne une stagnation des projets structurants, des investisseurs en doute, une explosion de notre dette qui remet en cause notre souveraineté économique et des jeunes désespérés qui ne pensent qu’à s’exiler faute de réelles perspectives dans leur pays.
La confiance en nos institutions est mise à rude épreuve. Le gouvernement peine à réparer les dégâts laissés par l’ancien régime qui ne cherche qu’à revenir au pouvoir.
L’urgence d’un pacte sénégalais de stabilité économique.
Nous avons besoin de mobiliser toutes les forces vives de la nation responsables autour d’un contrat républicain de stabilité. Le dialogue national en a été un signal et l’annonce d’un plan de redressement annoncé par le PM Sonko peut être l’occasion pour tracer ensemble le chemin d’une construction consensuelle de notre économie mettant fin aux crises artificielles destructrices.
Ce pacte aurait trois piliers :
1. Un calendrier politique respecté, clair et non modifiable au gré des intérêts partisans.
2. Des institutions indépendantes, garantes d’une justice et d’une régulation crédibles.
3. Un consensus sur les priorités économiques nationales, sanctuarisées quel que soit le régime.
Le Sénégal doit devenir ce qu’il est à savoir une véritable puissance économique
souveraine dans une Afrique forte. Nous avons besoin d’une stabilité politique et sociale.
Ce ne doit plus être un pays où chaque alternance ‘est une urgence. Nous attendons de tous les responsable l’adoption d’une démarche responsable mettant en avant l’intérêt du Sénégal. Oui c’est possible.
Oui à la mise en place d’une intelligence collective comme l’a si bien dit le
journaliste Assane GUÈYE lors de notre entretien au Jury Du Dimanche de iTélé.
Bien entendu, le consensus national autour d’un programme partagé pour relever les défis qui nous attendent ne signifie pas une absence de désaccords. Il s’agit de mettre en avant notre avenir commun sans taire nos divergences.
Le Sénégal a tout pour réussir : Une jeunesse résiliente, des ressources humaines de qualité, des ressources naturelles qui ne demandent qu’à être exploitées dans l’intérêt de notre pays, une position géographique qui en fait un carrefour stratégique et une tradition démocratique facteur de stabilité.
Pour relever les défis, je plaide pour un Sénégal stable, ambitieux et prospère.
La « coopétition, autrement dit la coopération-compétition » nécessite qu’on laisse de côté nos querelles personnelles qui minent la cohésion nationale. Plus qu’un choix économique, c’est un choix civilisationnel. La sanctuarisation de la stabilité comme bien public économique national, ce n’est pas demain, c’est aujourd’hui.
Ce n’est pas un choix économique, c’est un choix civilisationnel.
Par Dr Daby Pouye
Dr Daby Pouye est docteur en sciences de gestion, spécialiste en prospective, innovation, stratégie et organisation, consultant en finance, et acteur engagé dans la transformation économique et politique du Sénégal. Il milite pour une vision souveraine, inclusive et moderne de l’émergence africaine.