CONTRIBUTION
*Par [Dr. Seydina Oumar Sèye], le 28 février 2025*
Alors que le monde traverse une période d’incertitudes géopolitiques et de mutations technologiques sans précédent, l’Afrique s’affirme comme un pilier de stabilité et de croissance. Le récent sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, en Éthiopie, a mis en lumière les enjeux sécuritaires et stratégiques des investissements sur le continent, notamment dans un contexte marqué par le conflit ukrainien et les défis de développement subsahariens.
Un contexte mondial propice à la réaffirmation de l’Afrique
Dans un monde où les tensions géopolitiques et les crises sécuritaires redéfinissent les priorités économiques, l’Afrique se positionne comme un acteur clé de la stabilité mondiale. Le continent, riche en ressources naturelles, en terres rares et en potentiel humain, offre un cadre propice à des investissements sécurisés et durables. Les dirigeants africains, réunis lors du sommet de l’Union africaine, ont réaffirmé leur engagement à accélérer le développement économique autonome et durable, conformément à l’Agenda 2063.
Le Président ghanéen John Dramani Mahama a souligné l’urgence de renforcer l’indépendance financière de l’Afrique. « Nous ne pouvons plus compter sur des mécanismes de financement externes qui ne sont pas alignés sur nos objectifs de développement à long terme », a-t-il déclaré. Cette déclaration intervient dans un contexte où les investisseurs internationaux cherchent des marchés stables et résilients, capables de résister aux chocs globaux.
Les secteurs clés : énergie, mines, agriculture et numérique
L’Afrique subsaharienne, bien que confrontée à des défis sécuritaires et infrastructurels, regorge d’opportunités dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les mines, l’agriculture et le numérique. Les terres rares, essentielles pour les technologies de pointe et la transition énergétique, sont en abondance sur le continent. De plus, l’émergence de start-ups innovantes dans le domaine du numérique et de l’intelligence artificielle (IA) positionne l’Afrique comme un acteur majeur de la quatrième révolution industrielle.
Dr. Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a insisté sur la nécessité de renforcer les institutions financières africaines et de mobiliser les ressources locales. « Avec plus de 250 milliards de dollars US de fonds de pension sur le continent, nous devons exploiter ces ressources pour le développement », a-t-elle déclaré. Cette approche permettrait de réduire la dépendance aux financements externes et de renforcer la résilience économique face aux crises mondiales.
Une solidarité financière renforcée
L’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI) joue un rôle central dans la mobilisation des ressources nécessaires pour financer des projets structurants. Le Professeur Benedict O. Oramah, Président d’Afreximbank, a rappelé l’importance de la solidarité financière africaine. « Nous avons développé une plateforme qui permettra d’investir conjointement dans des projets ayant un impact pour le continent », a-t-il expliqué. Parmi ces projets figurent la construction de ponts transfrontaliers et de réseaux ferroviaires, essentiels pour l’intégration régionale et le développement économique.
Des annonces d’investissements majeurs
Le sommet a été marqué par plusieurs annonces d’investissements stratégiques, notamment :
– Le Fonds africain pour la transformation du commerce (ATTF), doté de 5 milliards de dollars US, visant à soutenir les entreprises et les gouvernements africains.
– Le Fonds catalytique de reconstitution des capitaux de Shelter Afrique Development Bank (ShafDB), destiné à combler le déficit en logement et infrastructures urbaines.
– L’initiative « Dette contre Fonds Propres » de la Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique (BADEA), visant à mobiliser des ressources en faveur de l’Afrique subsaharienne.
Ces initiatives illustrent la volonté des dirigeants africains de créer un écosystème financier robuste, capable de soutenir une croissance inclusive et durable.
L’Afrique, nouvelle frontière des investissements
S.E. Dr. Monique Nsanzabaganwa, Vice-Présidente de la Commission de l’Union africaine, a exhorté les investisseurs à saisir les opportunités offertes par l’évolution du paysage économique africain. « Le continent est perçu comme la nouvelle frontière, le paradis du futur », a-t-elle déclaré. Cette vision est partagée par un nombre croissant d’investisseurs internationaux, attirés par le potentiel inexploité de l’Afrique.
Dans un contexte mondial marqué par des incertitudes et des mutations technologiques rapides, l’Afrique se positionne comme une terre promise pour les investissements sécurisés et stratégiques. Grâce à une solidarité financière renforcée, une mobilisation des ressources locales et une collaboration accrue entre les secteurs public et privé, le continent est prêt à relever les défis du XXIe siècle et à réaliser la vision transformatrice de l’Agenda 2063.