Résultats aux examens notamment au baccalauréat, réformes envisagées dans le secteur de l’éducation, plateforme de revendications des syndicats d’enseignants…, le secrétaire général du syndicat autonome pour le développement de l’éducation et de la formation (SADEF) dit tout…
ENTRETIEN :
Vous êtes le Sg du syndicat autonome pour le développement de l’éducation et de la formation (SADEF), quelle analyse faites-vous des résultats aux examens, notamment au Baccalauréat ?
Nous avons constaté une nette régression des résultats à l’examen du Baccalauréat. Le taux de réussite a chuté de -2,88%, comparé à l’année dernière. Pour nous au SADEF, cela s’explique en grande partie par le fait que beaucoup d’élèves sont sacrifiés chaque année au Baccalauréat à cause du système de la correction unique, contrairement au Cfee où il y’a une double correction. Voilà pourquoi, nous pensons que la première mesure palliative qu’il faut apporter pour régler le problème de la baisse des résultats, c’est l’instauration du système de la double correction. En quoi faisant ? En mobilisant le maximum de correcteurs pour permettre une bonne correction du baccalauréat. Au concours général, il y’a une double correction qui est appliquée. Le SADEF demande au gouvernement du Sénégal d’aller vers le système de la double correction au Bac et au BFEM pour permettre aux élèves de réussir. Pour le moment, nous estimons que la seule chose qui demeure nécessaire et essentielle et qui s’avère incontournable pour sauver les élèves qui échouent, c’est le système de la double correction. Elle garantit la rigueur et la crédibilité de la correction.
Pour ce qui est du baccalauréat, justement, des réformes sont envisagées par les autorités. Quels types de réformes attendez-vous des autorités ?
Certes les autorités étatiques veulent apporter des réformes au baccalauréat, c’est une bonne chose. Mais nous nous posons déjà des questions sur l’opportunité même de cette réforme. Car une réforme ne se décrète pas. Ce n’est pas parce que les résultats sont faibles au Bac que nous devons opérer des réformes. Une réforme curriculaire est un processus sérieux, dynamique et long qui vise à modifier les programmes d’études, les méthodes d’enseignement et le système d’évaluation. Ce sont des aspects essentiels dans une réforme. Et si nous devons réformer le baccalauréat, sur quel paradigme va-t-on agir ? Encore que pour le système d’évaluation, il y a des problèmes. Car les sujets soumis aux élèves au Bac et au Brevet, dépassent leur niveau. C’est comme s’ils font un concours. Or pour un examen, on ne sanctionne juste que le parcours d’un élève. Il suffit d’avoir une moyenne de 10/20 pour réussir d’office. Nous estimons que le système d’évaluation doit être revu. Au SADEF, nous considérons que le Cfee est l’examen le plus sérieux au Sénégal parce que la copie de l’élève passe entre les mains de deux correcteurs. Dans la réforme envisagée, les méthodes d’enseignement et les programmes d’études doivent être passés en revue. Car le programme soumis aux élèves est un programme extrêmement lourd. Aujourd’hui, avec le numérique et l’intelligence artificielle (IA), les élèves ont les moyens de découvrir le monde et d’avoir une culture générale. Par conséquent le programme d’études doit être allégé. Mais nous avons beaucoup de craintes car depuis que le ministre de l’éducation nationale a parlé de réformes, rien n’a bougé. Il a réuni les maîtres coraniques à Dakar mais depuis cette rencontre, il n’y a rien de nouveau sous les tropiques. Nous craignons l’échec des réformes dont il a annoncé.
Où en êtes-vous avec les revendications des syndicats d’enseignants ?
Le gouvernement n’est pas animé d’une bonne volonté de satisfaire les revendications des syndicats d’enseignants. Nous sommes désolés de le dire. Avec l’arrivée du nouveau régime, nous avions un grand espoir de voir la question des enseignants décisionnaires, être réglée. Au mois de mars, les autorités nous ont fait comprendre que le décret 74-347 du 12 avril 1974 et le décret 2006-392 du 27 avril 2006, ayant fait l’objet de modification, avec l’introduction d’autres dispositifs, allaient être signés. Mais tout récemment, nous avons appris que ces deux décrets sont retournés au secrétariat du gouvernement pour une seconde lecture. C’est dire que ce gouvernement manque de sérieux pour régler la question des enseignants. Il se joue des enseignants, au moment où nous avons des préoccupations urgentes. L’allongement de l’âge de la retraite à 65 ans est une question fondamentale. Nous attendons le gouvernement sur cette question. Tout comme sur la question de la formation diplômante, des maîtres contractuels et des professeurs contractuels. Pour toutes ces questions, nous nous préparons en conséquence pendant les vacances, pour que dès la rentrée prochaine, nous amorcions la lutte pour que le gouvernement règle ces questions. Car nous avons suffisamment attendu et aujourd’hui nous sommes à bout de souffle.